Comment gérer les imprévus ?

– Bonsoir Madame !

– Merci, bon week-end à vous !

La femme de ménage venait de franchir la porte du bureau et l’étage était dorénavant vide. Toutes les autres lumières étaient éteintes. Le silence était envahissant, la nuit était tombée depuis plusieurs heures. Beaucoup auraient été mal à l’aise à l’idée de rester seul, un vendredi soir, dans un vaste bâtiment de bureaux. Mais Cassandre avait l’habitude de travailler tard. Cet étage, ces locaux, ce service, c’était un peu comme chez elle.

Carriériste, elle ne comptait pas ses heures. Et comme elle détestait travailler dans son petit appartement, elle était souvent la dernière à partir. Ce soir ne ferait pas exception. Elle devait prendre le TGV pour un salon parisien le lendemain, en début d’après-midi. Il ne débutait qu’aux aurores lundi, mais Cassandre aimait arriver en avance, pour tout vérifier, prendre ses marques et faire du stand son nouveau chez elle pour une semaine. C’est ce qui lui permettait d’être au taquet, la meilleure peut-être, dès l’ouverture des portes au public.

Alors en ce vendredi soir, elle avait à cœur de régler les derniers détails de son déplacement et d’assurer son absence à l’aide de sa meilleure amie, la « to do list ». C’était non seulement une manière pour elle de partir l’esprit tranquille, mais aussi de réaliser la tonne de petites tâches qui s’accumulent juste avant une absence de plusieurs jours… quitte à ce qu’elle quitte le bureau à deux ou trois heures du matin !

L’horloge tournait, les lignes de la liste étaient rayées, les unes après les autres. Le rythme de Cassandre était bon. Elle ne ressentait même aucune fatigue, juste la satisfaction grandissante du travail accompli. Elle allait pouvoir tout faire, partir le samedi comme prévu et gagner de nouveaux points auprès du chef de service en lui démontrant sa force de travail et sa capacité à gérer tous les dossiers confiés.

Quand son téléphone se mit à vibrer, vers minuit, elle choisit de ne pas y répondre. Célibataire et sans enfants, fille unique d’un couple décédé dans un accident de voiture il y a plusieurs années, Cassandre n’avait pas d’urgence familiale en vue. Elle pouvait se consacrer pleinement à son emploi. Un appel à cette heure-ci ne pouvait être qu’un énième démarchage téléphonique. Rien d’important. Rien qui ne nécessitait une réponse immédiate de sa part.

1 h 20, le dernier mail traité, Cassandre rangea son bureau et quitta le bâtiment. Ce n’est qu’au volant de sa voiture, lorsqu’elle installa son appareil sur le kit mains libres du tableau de bord, qu’elle prit connaissance de l’appel manqué.

C’était Gérald, son meilleur ami, le seul en fait. Au simple son de sa voix, Cassandre se mit à sourire. Celui avec qui elle avait fait ses études et qui vivait maintenant à l’autre bout du monde était toujours incapable de calculer correctement le décalage horaire qui les séparait. Du coup, il avait commencé son message en espérant qu’il ne la réveillait pas trop tôt alors qu’il l’avait laissé peu avant minuit ! En substance, il lui annonçait son passage éclair en France, pour affaire, durant le week-end. Son avion allait atterrir à l’aéroport de Lyon Saint Exupéry le samedi et il devait repartir le dimanche en fin de matinée. Il proposait donc à Cassandre un dîner le samedi soir. Ça faisait tellement longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus « en vrai » comme il disait ! Le message se terminait par l’annonce d’une bise couverte par le brouhaha de l’aéroport dans lequel Gérald se trouvait déjà.

Le sourire de Cassandre s’était effacé de son visage pour faire place au masque du stress. Comme allait-elle faire ? D’un côté, elle avait son déplacement pour Paris, de l’autre la perspective d’un joyeux repas avec son ami. Certes, elle pouvait changer son billet de train, mais un départ le dimanche au lieu du samedi allait changer tous ses projets. Pour autant, elle avait très envie de partager un bon repas avec Gérald pour entendre parler des dernières bêtises de ses deux petites filles et de la énième surprise qu’il avait faite à sa femme. Elle se voyait déjà le conseiller pour sa prochaine virée en amoureux, comme elle le faisait souvent puis finir la soirée en lui parlant de sa carrière. Il était le seul à comprendre son besoin de s’investir professionnellement et son manque total d’envie de fonder une famille.  Alors justement, elle allait lui laisser un message pour lui expliquer qu’elle ne pouvait pas le voir cette fois-ci à cause du salon à Paris. Il comprendrait. Oui, mais ça faisait des mois qu’ils n’échangeaient qu’en visio et sa venue à Lyon était une opportunité rare. Comment entretenir cette belle amitié, si elle ne faisait pas l’effort de se libérer… et sur un week-end en plus !

Cassandre était totalement perdue. Cette proposition, tout à fait agréable, était comme un grain de sable dans son organisation bien rodée. Un imprévu qu’elle ne savait comment gérer et qui était en train de la déstabiliser !

Un impératif est un événement qui engendre des actions auxquelles on ne peut pas se soustraire. Il peut être anticipé comme le fait de participer à la journée du citoyen pour avoir le droit de s’inscrire à certains diplômes ; ou se présenter à l’improviste comme c’est souvent le cas lorsqu’il est question de la santé par exemple. Une gastro qui se déclenche au bureau et il est nécessaire de rejoindre son domicile pour se soigner et éviter de contaminer ses collègues. Dans les deux cas, l’impératif retarde l’atteinte d’un objectif (passer un diplôme ou finir un travail), mais il n’est pas dénigré par les parties prenantes. C’est un passage obligatoire. Aucun employeur digne de ce nom ne viendrait reprocher à son employé de se soigner et aucun parent n’interdirait à son enfant de participer à la JDC pour être en règle vis-à-vis de l’administration.

Un imprévu est un aléa, c’est-à-dire un événement imprévisible, qui vient désorganiser notre quotidien. À la différence de l’impératif, il peut être mal perçu, subi, source de tension voire être à l’origine de l’arrêt d’un projet. Dans l’histoire de Cassandre, la visite de son ami, bien qu’étant une perspective agréable, est une cause de stress qui vient ébranler ses certitudes et pourra être à l’origine d’une certaine culpabilité, quelle que soit sa décision. Elle se laisse balader par ses émotions et perd sa capacité à raisonner pour choisir une posture sereinement.

Gérer les imprévus, c’est donc apprendre à les reconnaître pour que notre cerveau ne les associe pas à des impératifs et sache prendre de la distance par rapport aux événements.

C’est aussi explorer les aménagements à mettre en place que ce soit lors de la construction d’un projet ou en phase de réalisation pour faciliter l’intégration d’un imprévu à notre réalité.

C’est enfin agir sur ses émotions pour choisir une réponse utile et non subie en cas d’imprévu.

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