Plus qu’un pas…

– Ils sont marrants chez ADM. Au lieu de s’appeler Accompagnement à la Définition d’un Métier, ils feraient mieux de s’annoncer Accompagnement De Merde, oui !

Elias ne décolère pas.

Il vient d’annuler son rendez-vous avec Stéphane, le conseiller qui soi-disant le suit pour son projet de reconversion. Il est hors de question qu’il continue à donner son argent à un tel incapable. Autant retourner chez son patron. Finalement, c’est pas si mal. C’est tranquille et les gars au boulot sont sympas.

– Et puis à 40 ans, ça ne vaut plus le coup de vouloir changer, hein ?

Son chat le regarde fixement. Il a l’habitude de voir son maître lui parler. Comme s’il pouvait lui répondre…

C’est toujours pareil. Tous les cinq ans environ, Elias veut changer de métier. Il n’est pas devenu cariste par vocation, mais simplement parce qu’il avait besoin de prendre son indépendance vis-à-vis de ses parents. Et de manière cyclique, il cherche à trouver sa voie professionnelle.

Il a tout essayé : le bilan de compétences, le conseiller en insertion quand il était au chômage et maintenant le cabinet spécialisé en reconversion professionnelle. À chaque fois, ça se passe bien lors des premiers rendez-vous. Les personnes qui le reçoivent ont l’air de connaître leur job. Elles sont motivantes, elles lui redonnent de l’espoir. Il s’enthousiasme et il fait tout ce qu’elles lui demandent. Et puis, finalement, ça se termine en eau de boudin. Pour diverses raisons, Elias n’est pas allé au bout de tous ces projets de changement de vie professionnelle.

Mais là, il pensait que ça allait être différent.

Pour une fois, il y était presque. Il avait fait le plus dur : trouver un métier qui pourrait l’intéresser, chercher une école préparant au bon diplôme, rencontrer le responsable de la formation et récupérer le dossier d’inscription. Il avait fallu près de six mois à Elias pour arriver à ce résultat. Le bout du tunnel est proche ; le changement de vie.

Normalement, le rendez-vous avec son coach avait pour objectif de remplir le dossier d’inscription pour l’envoyer à l’école. C’était la dernière action à poser avant la fin de l’accompagnement avec Stéphane. Mais Elias avait été trop occupé ces derniers jours pour réunir les papiers indispensables à la constitution du dossier. C’était donc inutile qu’il se présente pour finaliser son accompagnement, d’où l’annulation de son rendez-vous.

Lorsqu’Elias a téléphoné à Stéphane, celui-ci a voulu comprendre ce qui se passait, d’autant plus qu’un premier report avait déjà été acté. Avant de donner un nouveau créneau à son client, le coach a donc posé quelques questions qu’Elias a interprétées comme un interrogatoire. Lorsqu’il lui a fait remarquer qu’il annulait systématiquement ses rendez-vous la veille pour le lendemain, Elias a coupé son téléphone.

– Ils sont marrants chez ADM. Au lieu de s’appeler Accompagnement à la Définition d’un Métier, ils feraient mieux de s’annoncer Accompagnement De Merde, oui !

Construire un projet, le mettre en œuvre et le tenir dans le temps sont déjà trois phases importantes qui, si elles sont mal négociées, peuvent aboutir à un renoncement. Mais ce dont on ne parle pas souvent, c’est de l’abandon de finalisation.

Cette forme de sabotage, souvent inconsciente, peut être le résultat d’une peur de la réussite ou d’une appréhension du vide. Pour la première option, il est question de tenir compte de l’éducation que nous avons reçue, des limites conscientes et inconscientes installées par nos expériences et certaines de nos croyances, celles qui desservent nos intentions. Pour la deuxième, il s’agit davantage d’un état interne à anticiper. Quand nous sommes très centrés sur le processus, la progression et la réalisation d’un plan d’action, l’idée d’arriver à ses fins peut ressembler à un arrêt net, définitif. Après, c’est le vide. Or l’inconnu, ça peut faire peur et nous conduire à ne pas franchir ce dernier pas vers l’atteinte d’un objectif.

C’est pour éviter ces deux pièges qu’il est intéressant d’apprendre à son cerveau la célébration. Celle-ci a non seulement l’intérêt de valoriser le passage d’une phase à une autre, de renforcer l’estime de soi et la confiance en ses capacités, mais aussi de l’habituer à terminer quelque chose, à s’en féliciter, à en tirer les conclusions, les leçons pour se remettre en énergie. C’est un peu comme si on réconfortait notre cerveau en lui apprenant qu’après un projet, il y en aura un autre. Ce n’est donc pas la Fin avec un grand « F ».

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