Domaine de vie – La communauté 4/5

Voilà, elle y arrive. Plus que deux ou trois séances et ce sera bon. Elle intègrera le groupe des coureurs de 10 km. C’est incroyable ce qui s’est passé en moins d’une année.

Tout a commencé le jour de ses 65 ans. Chantal s’est rendu compte qu’elle avait mis toute son énergie au travail, oubliant de développer d’autres secteurs de sa vie. Ses anciens collègues étaient pris dans leurs propres rythmes effrénés. Si elle ne les contactait pas, ils ne lui donnaient pas de nouvelles. Et en quelques mois, elle s’était sentie dépassée. Les projets qu’elle avait suivis étaient terminés et elle ignorait tout des nouveaux.

Avant de prendre sa retraite, elle s’était imaginé faire de grands voyages pour profiter de son temps retrouvé. Mais l’augmentation considérable des billets de train après la pandémie avait eu raison de ses envies d’ailleurs. Son frère et sa belle-sœur, de plus de dix ans ses aînés, entraient dans le troisième âge et finalement, il n’y avait bien que sa nièce, la petite dernière, qui venait lui rendre visite régulièrement.

C’est d’ailleurs elle qui l’avait secouée un dimanche soir alors qu’elles sirotaient un thé et des bonbons en regardant une série Netflix. Chantal lui avait expliqué qu’en dehors de ces soirées-là, il se passait peu de choses dans son existence. Fanny lui avait alors proposé tout un tas d’activités à faire pour sortir de cette situation. Chantal avait refusé de se créer un compte Tinder. Elle vivait très bien sans homme depuis des années et ne comptait pas reprendre une vie de couple à son âge. Pas d’investissement dans une association non plus. Le boulot, c’était derrière elle ! Prendre un chien ou un chat ? Non merci. Chantal ne voulait surtout pas devenir une vieille gaga qui prend son animal de compagnie pour un enfant. Fanny qui était en train de finir des études de psychologie et s’intéressait aux divers courants de l’accompagnement lui proposa alors de rencontrer l’une de ses profs, par ailleurs coach en développement personnel.

En quelques séances, Chantal avait déjà effectué un excellent travail d’exploration à partir d’un outil appelé la roue des domaines de vie. Le questionnement de la coach avait permis de nombreuses prises de conscience et quand les deux femmes en étaient venues à évoquer la sphère sociale, Chantal avait ressenti comme une décharge électrique entre ses omoplates. Effectivement, si sa vie avait été particulièrement bien remplie par son travail, le soutien indéfectible à sa famille et de belles histoires d’amour, elle avait complètement délaissé son rapport aux autres. Elle n’avait pas construit d’amitié, en sentait proche d’aucun groupe et la notion de communauté sur les réseaux sociaux lui paraissait très surfaite. Il y avait ici une piste à approfondir pour son mieux-être.

À la fin de son coaching, Chantal avait élaboré son plan d’action. Le premier pas à franchir était de choisir une activité physique à pratiquer dans un club pour sortir de chez elle et rencontrer du monde. Elle avait opté pour la marche nordique et rejoint une association de quartier qui proposait cette activité. Au bout de quelques semaines, elle s’était ennuyée. Mais elle avait rencontré un jeune couple de quadras qui pratiquait aussi la course à pied. A les entendre, c’était une activité ludique et parfaitement adaptée à tous les niveaux. Par curiosité, Chantal avait donc décidé de les rejoindre pour une sortie libre le dimanche suivant. Et là, elle avait rencontré un joyeux groupe de coureurs de tous âges. Les jeunes filaient à toute vitesse pendant que d’autres trottinaient en papotant. Chantal avait été merveilleusement bien accueillie et très vite, elle avait créé des liens et s’était prise au jeu des foulées, des entraînements plus exigeants tant pour le souffle que pour les jambes et de la routine des sorties libres du dimanche matin.

Onze mois après ses débuts, elle se surprend à s’imaginer en sportive aguerrie. Elle s’identifie à certains coureurs de son club et finalement elle vient de se lancer son premier défi : s’inscrire à une course officielle avec son groupe. Peu à peu, la notion de communauté prend du sens et courir devient une priorité pour Chantal. Encore une ou deux séances et elle sera capable de courir 10 km, l’objectif de sa première course avec les copains.

Je vous avoue qu’il m’a été difficile de trouver un personnage et un contexte pour présenter ce domaine de vie. Dans développement personnel, un abus de langage est utilisé à son propos puisque l’on parle « du social ». Or, le nom « social » désigne ce qui concerne la société. En fait, il faudrait davantage utiliser l’adjectif social qui se rapporte aux liens que les individus établissent entre eux.

Personnellement, je préfère évoquer la communauté, c’est-à-dire le groupe social dont les membres partagent des intérêts communs. En accompagnement, c’est un domaine de vie où l’on va donc parler d’amitié, mais également de cercles de connaissances, de relations instaurées dans le cadre de nos loisirs, de groupes auxquels on se réfère.

Bref, la communauté, c’est l’ensemble de personnes dont on fait partie de par notre éducation et milieu de vie, celui que l’on choisit dans nos relations aux autres (dans la vraie vie ou comme sur les réseaux par exemple) et celui que nous aimerions intégrer, dont on aimerait se revendiquer et qui nous motive… comme Chantal et le groupe des coureurs de 10 km.

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