L’essentiel

Le frigo est vide. Me voilà donc battant le trottoir, attestation en poche, en direction du petit supermarché de quartier. Dès les portes coulissantes franchies, des banderoles de chantier me barrent la route. Comme demandé par les autorités, il est impossible d’accéder aux vêtements et autres rayons jugés non essentiels. Je le savais et n’en suis donc pas étonnée. Je suis là pour la nourriture, pas pour acheter des pulls. Mais en avançant dans l’allée principale, je m’arrête. L’ilot « maquillage » est encore accessible. Je vérifie. Oui, il est possible d’acheter du fard à paupières et pas un livre par exemple.

Là, mon sang bouillonne. Car quelle est la notion de ce qui est essentiel, véhiculée par une telle autorisation ? Sachant que la majorité des personnes qui achètent des cosmétiques sont des femmes, quel message est-on en train d’insinuer dans leur esprit ? Il est important de se maquiller, pas de se cultiver ? Soyez belles, mesdames, et ne cherchez pas à vous instruire ? Il est essentiel pour une femme de parer sa peau de fond de teint et non d’ouvrir son esprit en lisant ? Une femme ne peut pas vivre sans son brush alors qu’elle peut très bien se passer de pensées, de réflexions, de mots, d’imagination, d’ouverture d’esprit ? Purée, mais c’est quoi cet essentiel ? Dire que beaucoup de magazines véhiculent des images de femmes-objets, si en plus, nos politiques enfoncent le clou, on ne va jamais s’en sortir !

Si l’on s’en réfère à la pyramide des besoins de Maslow, l’essentiel correspond aux besoins physiologiques (manger, boire, dormir, respirer, etc.) et au besoin de sécurité du corps et de l’esprit. Le maquillage est-il un besoin de sécurité et la lecture, non ?

Dans le secteur du développement personnel, l’essentiel correspond à l’ensemble des besoins durables dont on ne peut se passer. Donc une vie sans make up est impensable alors qu’une existence sans lecture ni écriture, oui.

Nos dirigeants se seraient-ils appuyés sur la notion de besoins relationnels de Jacques Salomé ? Selon ce psychosociologue, nous avons besoin :

De nous exprimer pour nous dire et nous faire entendre ;
D’être reconnus en tant que personne ;
D’être valorisés pour ce que nous faisons et ce que nous sommes ;
D’être respectés dans notre intimité ;
De créer et de rêver.

Même là, j’ai du mal à voir où placer le maquillage, car si les artifices participent à notre image donc à l’estime de nous-mêmes, ils ne constituent pas la globalité de ce que nous sommes. En revanche, je n’ai aucune difficulté à imaginer les livres, les bandes dessinées, les mangas et les manuels en tout genre dans la catégorie du rêve par exemple.

Donc si de votre côté, vous avez une idée de ce qui a poussé nos élus à fermer les coins livres et à laisser les rayons vernis à ongles ouverts, n’hésitez pas à me faire découvrir une autre grille de lecture de nos besoins. Ah non, pardon, pas de lecture… ce n’est pas essentiel.

D’ailleurs, pourquoi avoir rédigé cet article au lieu d’appliquer mon rouge à lèvres ? Il faut que je revoie mes priorités. Je vous laisse et je file acheter de l’anticerne. Ça, c’est essentiel !

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