Histoire vraie

Il est 17 heures. Je suis au supermarché. J’attends mon tour pour passer en caisse n°18. Caisse n°16, le ton monte. Un jeune couple et un homme avec un enfant d’environ deux ans sont en train de s’accrocher. Pour quelle raison, je l’ignore.

L’échange entre les deux parties se fait par vagues. Des éclats de voix, d’un côté comme de l’autre, puis quelques secondes de silence avant une nouvelle joute verbale. Les esprits s’échauffent. Je suis étonnée de ne pas voir se rapprocher les vigiles. La tension est palpable. Le supermarché est bondé.

Tout à coup, les insultes se transforment en menaces. Lequel des deux hommes annonce vouloir régler ça à l’extérieur ? Difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que mon attention commence à se porter sur l’enfant. Le petit blondinet ne comprend pas la situation et la peur se lit sur son visage.

Son père et le jeune adulte, tels deux coqs dans une basse-cour se rapprochent rudement. Deux vigiles se faufilent et s’interposent. Ouf ! Aucun coup n’est parti, mais c’est tout comme. L’enfant pleure. La femme crie. Les mâles s’insultent à distance. Des envies de meurtre sont même proférées.

Pris par son émotion, le père ignore son enfant qui est maintenant terrorisé. J’entends le vigile évoquer justement le petit en demandant au paternel de se calmer, ne serait-ce que pour lui. Tel un paquet, l’individu soulève le garçonnet par les bretelles de sa salopette sans un mot, sans un geste d’apaisement, sans tendresse, sans aucune attention. Le petit hurle. Il est épouvanté et livré à lui-même dans les bras de ce géniteur qui ne lui prête aucune attention.

J’ai envie d’intervenir pour rassurer l’enfant puisque le père ne le fait pas. Mais un attroupement s’est formé et je ne veux pas gêner l’intervention des agents de sécurité. C’est leur travail de gérer ce genre de situation et de faire en sorte que le calme revienne pour que personne ne soit blessé. Je me dis aussi que le parent va se rendre compte de ce qui se passe pour son fils, se reprendre et jouer son rôle protecteur.

La file d’attente de ma caisse avance. Je fais quelques pas en perdant la scène du regard.

Il y a quelques secondes, le jeune homme était loin du père. Comment a-t-il pu arriver si vite, si près du vigile, si près du couple père-enfant ? Le coup va partir. C’est certain. Il ne faut pas sortir de Saint-Cyr pour s’en rendre compte. Et je vois les vigiles qui sont comme tétanisés. Et je vois celui qui devrait être un papa n’avoir aucune intention de protéger son enfant. Et je vois le petit qui hurle. Et je vois la paluche du jeune homme se plaquer sur le torse du père. Et je vois l’homme faire exprès de tomber, le bambin dans les bras, sans même mettre une main sur sa tête. Ils sont au sol. Le père hurle, exagère, se tient la gorge alors que la main de l’autre s’est appuyée sur sa poitrine. Il est hystérique. D’autres vigiles accourent. L’un d’eux veut récupérer le gamin. Son paternel refuse de lâcher le petit qui est dans un état de terreur absolue. La police est appelée. L’enfant est traumatisé. Les protagonistes sont emmenés loin des caisses. Chacun reprend le cours de ses courses. L’incident est clos.

Sauf pour moi…

Ma première réaction, à chaud, est pour l’enfant. L’un des besoins initiaux de la pyramide de Maslow, celui en lien avec la sécurité, n’est pas assuré par l’homme qui lui sert de père. Ma seconde réaction, à froid, viendra dans quelques heures, quand mes propres émotions se seront apaisées et que le raisonnement pourra revenir sur le devant de la scène. Pour le moment, j’écris pour lâcher les mots hors de moi et prendre de la distance par rapport à cette scène dont j’ai été le témoin.

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