Valeur et contexte

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais nous ne considérons pas nos valeurs de la même manière à tous les âges de notre vie.

Prenons l’exemple de l’autonomie

Une valeur positive

À partir de l’adolescence, nous la recherchons souvent avec acharnement pour prendre notre indépendance. Une fois père ou mère, nous mettons tout en œuvre pour valoriser celle de nos chères têtes blondes. C’est même une question de fierté pour certains parents qui vont jusqu’à relever les exploits de leur bout de chou :

« Oh, le mien a marché bien avant son premier anniversaire ! »

« La mienne est la seule de la classe à savoir lacer ses chaussures toute seule ! »

La majorité des couples cherchent à maintenir l’indépendance financière de chacun pour ne pas s’enfermer dans une codépendance pécuniaire et pour se laisser la liberté de mettre fin à leur histoire d’amour. Sans nécessairement la nommer, ils accordent donc une place importante à l’autonomie.

Durant toutes ces étapes de notre existence, la valeur « autonomie » est mise en avant et sert de tuteur au développement personnel. Mais il y a un moment où cette liberté intellectuelle pourtant si choyée peut être ignorée.

Une valeur remise en cause

Sous prétexte que les gestes du quotidien sont plus difficiles, que la mémoire est plus fragile, que le raisonnement peut se montrer paresseux, l’entourage des seniors peut chercher à contrôler l’entrée dans la dépendance de leurs aînés plutôt que de favoriser leur autonomie.

Ce qui se joue ici n’est pas une volonté de rabaisser les parents ou grands-parents, mais une réaction émotionnelle autocentrée. Balayée par l’appréhension, la peur ou simplement l’envie de se simplifier la vie, le cocktail d’émotions et de sentiments amène certains proches à reléguer l’autonomie des personnes âgées au second plan alors qu’eux-mêmes supporteraient certainement difficilement qu’on s’en prenne à la leur d’autonomie. Cette valeur si importante durant des années est oubliée, car une autre devient plus essentielle à leurs yeux : celle de la sécurité et plus précisément de leur propre confort émotionnel.

N’importe quel concept est à observer en fonction du contexte et de la ou des personnes concernées.

Dans l’exemple cité, les seniors sont installés dans le désir de poursuivre leur vie dans les meilleures conditions possible. La valeur « autonomie » est non seulement présente, mais elle peut être revendiquée comme un élément fort du « bien vieillir ».

Au même moment, certains proches peuvent se sentir dépassés par leurs émotions et considérer l’autonomie comme un risque. Pour eux, la valeur sécuritaire a davantage d’importance, ce qui peut les amener à ignorer les désirs et besoins de leurs aînés, à les pousser à accepter une prise en charge en les ramenant ainsi à un statut d’assistés… bien éloigné de celui de personnes autonomes !

Qui a tort ? Qui a raison ? Si l’on se met du côté des seniors et de la valeur « autonomie », ce sont les proches qui sont dans le faux. Si à l’inverse, on se positionne du côté de ces derniers et de leur désir de sécuriser la situation, l’analyse est toute autre.

Ce n’est finalement qu’une bataille de valeurs. Si celle-ci n’est pas analysée, elle peut mener à de nombreuses incompréhensions, frustrations, voire à un beau conflit familial.

Accompagner ou guider ?

S’il est question d’accompagner les seniors, l’enjeu sera alors de leur permettre d’exprimer leurs besoins, leurs aspirations, leurs désirs et de les aider – s’ils en font la demande – à se positionner vis-à-vis de leurs proches pour :

* Aller dans le sens d’une prise en charge finalement acceptée, car indispensable au regard des capacités physiques ;

* À l’inverse, refuser une intrusion dans leur quotidien ;

* Trouver toute autre solution qui ira dans le sens du respect de leur autonomie intellectuelle.

S’il s’agit d’accompagner les proches, l’enjeu sera de leur faire prendre conscience des composantes émotionnelles de leurs actions afin qu’ils puissent :

* Les assumer et continuer à agir de la sorte, mais en toute conscience ;

* S’ouvrir à d’autres réalités comme celle de leurs aînés et prendre ainsi en compte leur désir de maintien de l’autonomie ;

* Trouver toute autre solution qui ira dans le sens du respect des différents acteurs de la situation.

Le travail d’un accompagnateur n’est pas de conseiller, de guider, mais d’élargir le cadre de réflexion afin que les actions posées ne le soient plus en mode « réactif », mais davantage pour répondre à un objectif clairement identifié. Mettre en lumière les valeurs qui nous animent fait alors partie du processus.

L’autonomie… une de mes valeurs

Comme évoqué précédemment, l’autonomie est une valeur qui évolue dans le temps, selon le contexte et l’histoire de chacun.

Pour ma part, à l’heure où j’écris ces mots, elle est synonyme de libre arbitre. À mes yeux, c’est donc une valeur précieuse qui doit être cultivée, préservée et autorisée le plus longtemps possible !

Et vous, comment la considérez-vous ?

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