Défi relevé !

J’ai toujours aimé me lancer des défis pour expérimenter de nouvelles façons de fonctionner. Je le fais généralement sur une courte durée, entre une semaine et un mois. Cela permet non seulement de continuer à explorer la manière dont je réagis, mais aussi choisir régulièrement de bouleverser mes habitudes. Mais pour que je me lance, certains critères doivent être réunis. Tout d’abord, le challenge est nécessairement à mon initiative. Je ne suis pas du genre à tenir les paris. Ensuite, il prend ancrage dans mon quotidien. Je n’ai pas non plus l’âme aventurière. Enfin, il se doit d’être ludique, c’est-à-dire déclencher mon énergie enfantine.

Cette semaine, j’ai opté pour le port de vêtements purement féminins. Vous devez vous demander où se trouve la notion de défi. Eh bien si je vous avoue qu’enfiler une jupe ou une robe revient à me déguiser en fille, vous devez commencer à comprendre. Entre mes déplacements à vélo et l’aspect pratique des pantalons et leggings, cela fait des années que je m’habille pour répondre à mes besoins de mouvement et non pour véhiculer une pseudo féminité jupesque. Alors, rassurez-vous, je ne rejette pas du tout ma nature. Je pense juste que nous vivons dans une société où l’on peut très bien être féminine sans être engoncée dans des vêtements stéréotypés. J’estime aussi qu’être une femme se définit de bien d’autres manières que par l’obsession d’une garde-robe.

Il n’y a donc que certaines occasions pour me faire acheter un vêtement de fille tels les réveillons ou les cérémonies, mais c’est plus pour me glisser dans le moule de convives apprêtés que par véritable goût de l’élégance. Je me retrouve ainsi avec une armoire encombrée de quelques tenues typiquement féminines qui prennent la poussière en attendant la prochaine invitation. C’est en faisant un peu de rangement le week-end dernier que je m’en suis rendu compte. Et comme depuis quelques mois, je suis entrée dans une démarche progressive de minimalisme, je me suis interrogée sur l’utilité de garder de tels vêtements.

Avant de les donner à je ne sais quelle association, je me suis dit que je pouvais faire l’effort de les porter encore au moins une fois, juste pour voir. J’ai compté mes tenues et il se trouve que j’ai une jupe et cinq « robes ». Je mets un guillemet à ce nom, car il ne faut tout de même pas pousser mémère dans les orties, ce sont des vêtements qui me ressemblent et pourraient donc être classés dans la catégorie tunique par bon nombre de fashionistas. Mais bon, j’ai tout de même des tenues de donzelle pour cinq jours de travail. Dimanche dernier, ma décision est tombé : la sixième semaine de confinement sera nana-dress !

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Les deux premiers jours, tout s’est bien passé. Je peux même dire que ça m’amusait un peu de me transformer en fille. Mais à partir du troisième, l’expérience a commencé à me saouler. Il faut bien le rappeler, on est quand même bien moins libre de ses mouvements avec une jupe qu’avec un pantalon !

Jeudi, j’ai failli craquer. Il faut dire que j’avais mis une jupe droite en jean. Un peu élastique, certes, mais pas non plus le genre de vêtement qui permet de faire du yoga. Et là, j’ai passé la journée à la remettre en place. Soit la jupe remontait sur mes cuisses et je devais la baisser dans un geste bien peu élégant à chaque fois que je me levais. Soit elle tournait autour de mes hanches après quelques pas et il m’était indispensable de la repositionner pour qu’elle ne confonde pas mes hanches avec un tourniquet. Toute la journée, il a fallu que je me préoccupe de ce satané vêtement. Pour tout vous dire, je me suis demandé si je n’allais pas m’en débarrasser et rester en collant ! J’étais seule au bureau ; personne pour me voir. J’aurais pu, mais challenge oblige, je ne l’ai pas fait.

J’ai tenu le coup et j’ai même poussé le vice jusqu’à mettre une robe le vendredi. Vous savez, l’accoutrement féminin par définition. Qui porte une robe est forcément une femme, non ? Heureusement pour moi, la tenue que j’avais réservée pour le dernier jour de la semaine est celle que j’affectionne. C’est une grande tunique, hyper large, avec des poches, de couleur unie et confectionnée dans un tissu ultra confortable. Pas folle la guêpe… je m’étais bien dit que le challenge allait être difficile à relever. Je m’étais donc accordé une petite récompense pour la fin de la semaine !

Moralité : le style jupon, ce n’est définitivement pas pour moi. Trois de mes tenues (dont la jupe en jean évidemment) sont dans un carton à destination d’une association. Je garde uniquement les quelques tuniques dans lesquelles je me sens vraiment à l’aise. Même si certains pourraient aisément les comparer à des sacs, elles me conviennent.

Encore une fois, je constate que l’expérimentation permet de faire le point et d’avancer… même à propos d’une simple histoire de dress code !

Quant à mon prochain défi ? Ce sera peut-être un challenge bien plus ambitieux comme définir mon projet post-confinement ou tout aussi léger que celui-ci… qui sait ?