Place à la sérénité…

En quatre jours, mon activité a été réduite à néant. Corona virus oblige, les formations ont été supprimées les unes après les autres. Puis est venu le temps des annulations de rendez-vous et me voici avec un agenda vide donc un chiffre d’affaires inexistant. […]

Voici les premières lignes de ce que je pensais être mon journal de confinement. Je voulais partager le vécu d’un travailleur indépendant en période de lutte contre le COVID-19. Finalement, il m’a été impossible de continuer à écrire. La raison en est simple : j’ai été submergée de sollicitations et demandes en tout genre.

Côté accompagnement, j’ai été amenée à coacher certains clients, par téléphone ou SMS. Côté formation… Je vous donne un petit florilège de ce que j’ai lu ou entendu, tous organismes confondus :

Jour 1 : il faut assurer une continuité pédagogique, mais on ne sait pas si vous allez être payée. Jour 2 : vous serez peut-être rémunérée, mais pas à taux plein. Jour 3 : finalement, vous serez payée si vous prouvez votre continuité pédagogique. Jour 4 : ma direction vient d’annoncer que la rémunération des formateurs n’est assurée que pour les salariés. Je suis donc incapable de vous dire si vous allez être payée pour le moment. Je reviens vers vous lorsque j’aurai davantage d’informations.

Autre exemple :
Jour 1 : vous devez passer par notre plateforme pour communiquer avec les stagiaires.
Jour 2 : la plateforme est saturée. Finalement, la vôtre, c’est bien. Continuez.
Jour 2, toujours : je vous demande de stopper toute initiative auprès des stagiaires, car nous voulons uniformiser la continuité pédagogique.
Jour 5 : vous avez dû assurer votre module cette semaine. Il faudra faire de même la semaine prochaine.

J’aime beaucoup celui-là : la formation est annulée, mais il faut quand même envoyer du travail aux stagiaires

Et cet exemple est sympathique :
Jour 1 : mettez-moi en copie de tout ce que vous envoyez aux stagiaires.
Jour 3 : je demande aux formateurs de ne plus me mettre en copie de leurs mails, ma boîte va exploser !

Je tiens à préciser ici qu’il y aussi des responsables qui se sont sentis particulièrement concernés par la posture inconfortable de leurs formateurs indépendants. Ils se reconnaîtront !

Quant aux stagiaires, si la majorité a été adorable, quelques-uns ont cru qu’ils étaient en accompagnement individuel renforcé et que j’avais la solution à toutes leurs difficultés :

Echange sur deux jours avec la même personne :
J’ai oublié mon mot de passe pour la plateforme.
Je réinitialise le profil.
J’ai encore oublié le mot de passe.
Je réinitialise le profil.
Je me suis trompée pour le mot de passe et maintenant, je ne sais plus quoi mettre.
Je redonne le mot de passe.

Conversation par SMS à plus de 23 heures :
Je n’arrive pas à ouvrir la vidéo.
Vous avez rafraîchi la page ?
Non.
Faites-le.
C’est fait. Je fais quoi maintenant.
Relancez la vidéo

Et la cerise sur le gâteau, ce SMS : vous pouvez m’aider à installer l’application *** que *** nous demande d’utiliser. Il m’a dit que je devais me débrouiller.

J’ai aussi pris du temps pour les confrères qui, avec le confinement, découvrent les plateformes pédagogiques et celles de visioconférence. Ceux qui se sont mis à leur compte récemment et qui se demandent s’ils vont avoir des aides. Ceux qui ne comprennent pas les consignes des responsables. Ceux qui ont besoin de parler. Ceux qui aimeraient que je leur scanne une version papier d’un document… pris en photo avec un téléphone portable, etc.


Bref, la semaine a été plutôt folle. Alors ce soir, comme chaque dimanche, j’ai fait le point sur mon temps de travail hebdomadaire. J’ai cumulé 68 h 33. Je commençais une négociation entre parties (« tu dois travailler moins » vs « à situation exceptionnelle, implication exceptionnelle ») quand j’ai reçu ce courriel :

Je vous ai envoyé mon travail vendredi après-midi et vous ne l’avez pas corrigé. Je voulais avancer ce week-end et je n’ai pas pu. J’attends votre correction lundi matin.

Une bouffée de colère est montée et je me suis dit « STOP »,
il est temps de remettre un peu de sérénité dans ma réalité.

Je ne communiquerai pas l’identité de cette personne et j’ai supprimé le message. Je ne lui ai pas répondu (elle lira cet article et comprendra – ou pas d’ailleurs, peu importe !). Sa « demande » a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de ma patience et a fini par vider (momentanément) celui de mon énergie.

En ce dimanche soir, je prends les décisions suivantes :

Pour les stagiaires : comme je l’ai annoncé à plusieurs reprises, j’assure la continuité des apprentissages en fonction des séances prévues sur votre planning. Vous allez donc bénéficier, selon les cas, de plans de travail, de cours en vidéo ou de réunion Zoom en direct. Je corrigerai vos travaux au fur et à mesure, en fonction de leur ordre d’arrivée. Les évaluations étant reportées, j’estime que les apports de contenus sont prioritaires sur les corrections afin qu’il n’y ait pas de retard dans la progression pédagogique.

Pour les responsables des divers organismes de formation : soyez certains de mon implication auprès des stagiaires et de la continuité pédagogique. Je vous l’affirme depuis le premier jour de confinement et vous avez les moyens, par les accès plateforme que je vous ai ouverts, de vérifier mon travail. Je remplirai tous vos supports de suivi devant servir à justifier les heures de formation dès que j’aurai un peu de temps pour cela. L’essentiel pour moi actuellement est que les stagiaires puissent avoir les moyens de continuer à se former.

Pour tous : je coupe mon téléphone portable, ma messagerie et les réseaux. Vous pouvez toujours me laisser des messages. J’en prendrai connaissance le matin, lors de ma pause de midi et vers 17 heures. Je répondrai à tout le monde, selon l’urgence et en fonction de ma charge de travail.

Ces dispositions sont prises pour la semaine du 23 au 27 mars 2020
et pourront être reconduites si nécessaire.